Le combat d'un malade du ciment  réactions des médias




 

Après l'amiante, le scandale du ciment
Révélation RTL. C’est une première en France: une information judiciaire a été ouverte par le Parquet de Rouen pour "atteinte à la vie d’autrui". Un ancien carreleur a manipulé du ciment pendant des années; il est aujourd’hui gravement malade. La nocivité du cobalt et du chrome contenus dans le ciment est connue depuis des années. Mais le plaignant veut que la justice aille plus loin.
Le ciment en ligne de mire

Cela fait quatre ans qu'Eric Bellet se bat. Carreleur dans la région de Ruen, il a manipulé du ciment pendant des années. Jusqu'à ce que ces mains soient touchées: des crevasses, des croûtes. Il doit porter des bandes 24h sur 24h. Son état de santé se dégrade de jour en jour. Il décide donc de porter plainte le 9 octobre 2000. Plainte jugée recevable par le procureur, qui ouvre le 5 mars dernier une information judiciaire pour "atteinte à la vie d'autrui".
"Maintenant, je suis attaqué de l'intérieur. Je fais de l'arthrose, on m'a reconnu une hypertension artérielle en rapport avec le chrome. Mes reins commencent à être attaqués. En tout, j'ai neuf maladies... Je me sens empoisonné à 100%."

C'est une première en France, qui va sans doute ouvrir une brèche : plus d'un million de personnes travaillent dans le bâtiment, en contact quotidien avec du ciment. 177 cas de maladies professionnelles ont été reconnues en 1999. Combien de salariés décideront de porter plainte ? Pour Eric Bellet, c'est le début d'une longue procédure judiciaire.
"Pour moi, c'est une victoire, un début d'espoir que la vérité éclate, savoir qui sont les responsables et éviter que cela arrive à d'autres personnes."

Les quatre cimentiers français travaillent sur une nouvelle composition du ciment. l'objectif : limiter les risques pour la santé.

Sophie Aurenche


Malade du ciment, il saisit la justice

Après le dépôt de plainte d'un carreleur de Sotteville-lès-Rouen, une enquête est lancée sur le lien possible entre l'utilisation du ciment et la survenue de cancers.

Eric Bellet, 42 ans, ancien carreleur, ne quitte plus ses gants blancs dans son appartement d'une barre HLM à Sotteville-lès-Rouen. Ses mains attaquées et entourées de bandelettes, il les protège ainsi depuis les premières poussées en 1997 d'un eczéma qu'il impute à la manipulation du ciment dans le cadre de son activité professionnelle.
Il a pris des dizaines de photographies de ses paumes rongées par l'allergie, et subi de multiples examens médicaux qui ont aussi révélé une angine de poitrine, et de l'hypertension artérielle. En arrêt de travail depuis 1998, dépressif mais combatif, il voit enfin sa ténacité récompensée.

Information judiciaire
« Je considère ce qui m'arrive comme un empoisonnement, déclare-t-il. On vient enfin de reconnaître mon combat, et je suis soulagé de pouvoir parler. J'ai déposé plainte contre X avec constitution de partie civile le 9 octobre 2000. » Le 5 mars, la révolte ancienne d'Eric Bellet, créateur en 1999 de l'association « Les victimes du ciment français », a débouché sur l'ouverture par le parquet de Rouen d'une information judiciaire pour « mise en danger de la vie d'autrui ».
Marié et père de deux enfants, Eric Bellet a commencé à travailler à l'âge de 16 ans. Pour lui, la chape de plomb existant sur les risques de l'exposition au ciment est à rapprocher de ce qui s'est passé pour l'amiante. « Je sais que je m'attaque à de grosses multinationales. Mais je voudrais que l'on reconnaisse ce danger, et que les personnes touchées puissent être indemnisées par la suite. »

Chrome cancérogène
Les taux de cobalt, et de chrome hexavalent contenus dans le ciment seraient en cause. Ce type de chrome est un produit reconnu comme cancérogène, ce qui signifie que des cas de cancers liés à son utilisation ont été détectés, quand il est utilisé à de très fortes concentrations.
La profession des chromeurs est concernée, mais selon un rapport établi pour le conseil supérieur de la prévention des risques professionnels par le professeur Christian Geraut, « il n'a jamais été rapporté de façon indéniable de cancers liés spécifiquement à l'utilisation des ciments ». Eric Bellet avoue pourtant sa peur de voir dégénérer l'étrange affection persistante de sa peau.
Le ministère de la Santé, pour se mettre en conformité avec la législation européenne, a entamé des études. En novembre 2001, le Conseil supérieur d'hygiène publique a émis une série de recommandations aux professionnels du bâtiment, pour les inciter à faire baisser les teneurs en chrome hexavalent, et à améliorer l'information sur les effets indésirables du ciment.
Tout à coup, Eric Bellet se sent moins seul.

Véronique Baud


Révélations: Le combat d'un carreleur rouennais. S.Aurenche

Ciment : Le Combat d'Eric BELLET,
Liberté Dimanche

QUALIFICATION "empoisonnement"

" Empoisonnement " au lieu de " mise en danger de la vie d'autrui ". Eric Bellet, un ancien carreleur, victime de la maladie du ciment, commence à apercevoir le bout du tunnel après une longue procédure. En France, entre 500.000 et un million d'ouvriers travaillent au contact du ciment

" C'est une étape très importante qui vient d'être franchie car j'estime avoir été empoisonné. " Enc Bellet n'a peut-être pas gagné la guerre, mais il vient de remporter une bataille dans un combat qu'il mène depuis longtemps. Eric Bellet, c'est cet homme de 42 ans, demeurant à Sotteville-lès-Rouen, marié et père de deux enfants, qui est malade depuis cinq ans. Carreleur depuis l'age de 16 ans, il est atteint par la maladie dite du ciment. En longue maladie, il est soigné pour de la tension artérielle, une angine de poitrine, des problèmes musculaires et de l'eczéma à tel point qu'il est obligé d'avoir les mains en permanence bandées. " Parfois les douleurs sont intolérables " dit-il. La raison de ces maux : le cobalt et le chrome VI contenus dans le ciment, des métaux particulièrement nocifs, répertoriés cancérigènes.

Le combat d'Eric Bellet commence le 5octobre 1999 quand il dépose plainte contre X auprès du procureur de la République, invoquant les maladies provoquées par le ciment, l'ex-gale, comme d'autres pathologies sont dues à l'amiante. La plainte est classée sans suite. Eric Bellet ne renonce pas et en octobre 2000, il dépose une seconde plainte, cette fois avec constitution de partie civile. Il est entendu et, en mars 2002, le parquet de Rouen procède à l'ouverture d'une information judiciaire pour "mise en danger de la vie d'autrui."

Vendredi dernier, coup de théâtre, le magistrat-instructeur, Régine Capra, va beaucoup plus loin et instruit du chef d'empoisonnement" sur les faits dénoncés comme tels par Eric Bellet. L'enquête change de terrain car il s'agit dès lors de faits criminels. Pour Me Mehana Mouhou, l'avocat du plaignant et de l'association des victimes du ciment : " On passe du mode délictuel au mode criminel. On passe d'une affaire du ressort du tribunal correctionnel à une affaire relevant de la cour d'assises. "

La justice et l'Etat vont-ils admettre les dangers liés au ciment ainsi que c'est le cas pour l'amiante ou le sang contaminé ? Eric Bellet y croit de plus en plus. " Le risque sanitaire lié à l'utilisation aiguë des ciments peut déboucher sur un cancer. A tel point que le ministre de la Santé, Bernard Kouchner, suite à la plainte de M. Bellet a immédiatement saisi ses services pour renforcer la prévention des risques par un étiquetage précis sur les sacs de ciment. C'est une affaire à suivre avec des expertises scientifiques des compositions chimiques du ciment, avec des saisies de dossiers médicaux de personnes décédées de cancers afin de trouver les liens de causalité et avec des auditions d'industriels et fabricants de ciment ainsi que de responsables au niveau de l'Etat " conclut le conseil d'Eric Bellet.

Jacques HARDOUIN

La Justice enquête sur les dangers du ciment : 

Cet album photo est terrible. Depuis 1998. Eric Bellet a pris des centaines de clichés de ses mains, portant à jamais les blessures liées à l'eczéma provoqué par le ciment avec lequel il travaillait depuis l'âge de 16 ans. L'homme était carreleur. Depuis 1998, il ne travaille plus, ayant développé une forte allergie au cobalt et au chrome VI, produits contenus dans le ciment Alors, depuis son salon d'une petite HLM de Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime), il tournait en rond, coincé entre un poisson rouge et une grande photo de Lady Di. Mais aujourd'hui, Eric Bellet a enfin obtenu gain de cause. Le 7 mars, le parquet de Rouen a ouvert une information judiciaire pour " mise en danger de la vie d'autrui ".

Une substance cancérigène
" Le scandale va enfin éclater. Les bricoleurs du dimanche peuvent eux aussi être victimes, confie cet homme de 42 ans. En novembre 1997, les premières lésions sont apparues : aux mains, aux genoux et aux pieds. Je porte des bandages depuis. Les médecins ont aussi diagnostiqué de l'hypertension artérielle et une angine de poitrine. Je sais que tout cela va dégénérer en cancer de la peau. On ne fait que me maintenir en vie." Le chrome VI est en effet classé comme cancérogène " catégorie I ", c'est-à-dire que des cas de cancers ont déjà été répertoriés chez l'homme. Environ 315.000 salariés seraient exposés au ciment en France. " II y a des exemples chez les chromeurs, qui travaillent avec des produits à forte concentration, mais aucun chez les maçons ", tempère Renaud Lambert, délégué général du syndicat français de l'industrie cimentière.

Fin 2001 pourtant, le Conseil supérieur d'hygiène publique en France (CSHPF) rappelait les professionnels à l'ordre." Considérant les effets toxiques du chrome et surtout le caractère sensibilisant et cancérogène du chrome hexavalent (NDLR : chrome VI) pour l'espèce humaine et considérant l'insuffisance d'information pour l'utilisateur occasionnel sur les risques liés aux ciments : le Conseil recommande de diminuer la concentration en chrome dans les ciments ", note le CSHPF qui préconisait une baisse du taux de chrome VI à 2 grammes par tonne. " Cette mesure n'est pas appliquée aujourd'hui, note Bruno Courtois, ingénieur au département risques chimiques et biologiques de l'institut national de recherches et de sécurité. Le taux est très variable selon les ciments mais il peut aller jusqu'à 20, 30 ou même 50 grammes par tonne. " Plusieurs pays européens ont déjà mis en place un système de réduction du chrome VI grâce à l'ajout de sulfate de fer. "

J'ai arrêté de manipuler le ciment depuis les premiers signes mais la maladie continue ", remarque Eric Bellet. Lire, se laver, tous les actes de la vie quotidienne sont devenus pour lui un enfer. " Je sais que nous sommes nombreux dans mon cas, ajoute-t-il. J'ai fondé l'Association des victimes des ciments fiançais. J'ai eu des centaines de contacts. Une femme m'a même écrit pour m'expliquer que son mari était mort après avoir souffert des mêmes symptômes que moi. Mon père est décédé du saturnisme. Ma vie n'a jamais été très rose, c'est peut-être pour cela que je me bats. Je suis un gars très têtu. "

La direction générale de la santé saisie

Le problème de la dangerosité des ciments est plus que jamais à l'ordre du jour Les patrons des plus grands groupes industriels de cimenteries doivent en effet rencontrer cette semaine des membres de la direction générale de la santé (DGS). Concernant le chrome VI, cette prévention se limite aujourd'hui à l'inscription sur les sacs de ciment de la note " R 43 : peut être sensibilisant ". " Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'est pas très explicite pour le grand public qui peut lui aussi être largement affecté, note un spécialiste du dossier. Si les gens utilisaient les protections nécessaires et qu'ils se lavaient les mains après contact avec la peau, on éliminerait une grande proportion des maladies cutanées. " C'est pour cela que la réunion de cette semaine devrait décider une campagne de prévention dans les magasins spécialisés et l'ajout sur chaque sac, d'un dépliant mettant en garde contre tous les effets indésirables liés à l'utilisation du ciment. J.D

 

Le ciment, enquête sur un vrai poison (Paris Normandie le 25 avril 2002)

Le combat d'Eric Bellet, malade du ciment ayant déposé une plainte contre X jugée recevable par le parquet de Rouen (voir notre édition du jeudi 21 mars), prend une nouvelle tournure. La justice enquête désormais sur un possible « empoisonnement » lié à ce matériau, une qualification criminelle. Il y a quelques jours, le magistrat instructeur Régine Capra a modifié les termes de son instruction, jusque-là ouverte du chef délictuel de « mise en danger de la vie d'autrui ». En cas de procès, cette affaire ne relèverait donc plus du tribunal correctionnel mais de la cour d'assises. Reçu en fin de semaine dernière par la juge d'instruction, l'ancien artisan carreleur de Sotteville-lès-Rouen estime que cette évolution du dossier représente une victoire, porteuse d'espoir. « J'ai été entendu longuement comme témoin. Je considère avoir été empoisonné, le chrome et le cobalt présents dans le ciment étant classés cancérigènes. Ce qui m'intéresse désormais, c'est qu'on reconnaisse l'existence de victimes du ciment », martèle l'homme de 42 ans aux mains rongées et perpétuellement bandées, en arrêt de travail depuis 1998. « La responsabilité de l'Etat pourrait être engagée », relève -t-il, si le risque sanitaire était démontré. L'enquête, qui pourrait prendre deux ans, va nécessiter des expertises scientifiques poussées, l'analyse des dossiers médicaux de personnes décédées de cancers pour évaluer l'éventuel lien de causalité avec une manipulation répétée du ciment, et l'audition des professionnels de la filière. Prudence En attendant, « la prudence s'impose », insiste Eric Bellet. « J'ai même remis au juge un sac de ciment sous scellé, vendu en grande surface, qui ne porte aucune mention sur les précautions à prendre », poursuit-il. Eric Bellet, marié et père de deux enfants, souhaite également agir sur le terrain de la prévention. Il milite pour l'application d'un étiquetage adéquat, et pour la diminution du taux de chrome contenu dans les ciments, deux problèmes dont le ministère de la Santé est saisi. Véronique Baud

Le combat d'Eric Bellet, malade du ciment ayant déposé une plainte contre X jugée recevable par le parquet de Rouen (voir notre édition du jeudi 21 mars), prend une nouvelle tournure. La justice enquête désormais sur un possible « empoisonnement » lié à ce matériau, une qualification criminelle. Il y a quelques jours, le magistrat instructeur Régine Capra a modifié les termes de son instruction, jusque-là ouverte du chef délictuel de « mise en danger de la vie d'autrui ». En cas de procès, cette affaire ne relèverait donc plus du tribunal correctionnel mais de la cour d'assises. Reçu en fin de semaine dernière par la juge d'instruction, l'ancien artisan carreleur de Sotteville-lès-Rouen estime que cette évolution du dossier représente une victoire, porteuse d'espoir. « J'ai été entendu longuement comme témoin. Je considère avoir été empoisonné, le chrome et le cobalt présents dans le ciment étant classés cancérigènes. Ce qui m'intéresse désormais, c'est qu'on reconnaisse l'existence de victimes du ciment », martèle l'homme de 42 ans aux mains rongées et perpétuellement bandées, en arrêt de travail depuis 1998. « La responsabilité de l'Etat pourrait être engagée », relève -t-il, si le risque sanitaire était démontré. L'enquête, qui pourrait prendre deux ans, va nécessiter des expertises scientifiques poussées, l'analyse des dossiers médicaux de personnes décédées de cancers pour évaluer l'éventuel lien de causalité avec une manipulation répétée du ciment, et l'audition des professionnels de la filière.

Prudence

En attendant, « la prudence s'impose », insiste Eric Bellet. « J'ai même remis au juge un sac de ciment sous scellé, vendu en grande surface, qui ne porte aucune mention sur les précautions à prendre », poursuit-il. Eric Bellet, marié et père de deux enfants, souhaite également agir sur le terrain de la prévention. Il milite pour l'application d'un étiquetage adéquat, et pour la diminution du taux de chrome contenu dans les ciments, deux problèmes dont le ministère de la Santé est saisi.

 Véronique Baud